Thursday 30 December 2004, by Bigo Didier
Bigo D. (1998) « Sécurité et immigration: vers une gouvernementalité par l’inquiétude ? », Cultures & Conflits, n° 31-32 : 13-38.
L’immigration est lue à travers le prisme de la sécurité par certains hommes politiques, par les polices et certains services sociaux, par nombre de journalistes et une fraction de l’opinion publique. Malgré les critiques fréquentes et argumentées d’une telle perception, malgré l’existence de discours alternatifs, cette lecture continue, très largement, d’être dominante. Pourquoi ? Qu’est ce qui pousse tous ces acteurs à faire un lien entre crime, chômage, terrorisme, fanatisme et migration ? Comment expliquer la force de ce discours ?
Pour nombre d’associations antiracistes et de droits de l’Homme, comme pour une partie du monde universitaire qui leur est lié, la force de ce discours était du registre de la réaction " spontanée ", de l’ignorance des enjeux, voire d’une forme de populisme flattant un public frustre [1].
Mais, le refus de prise en compte des discours critiques n’est pas un simple aveuglement politique des hommes politiques et de leurs électeurs qu’une argumentation raisonnée permettrait de faire disparaître. Il est de l’ordre du déni et il s’articule sur les peurs de perte de contrôle du monde politique, sur les normes et les intérêts de certaines bureaucraties, ainsi que sur les inquiétudes de certains citoyens qui se sentent mis à l’écart. Le discours sécurisant l’immigration est alors en position de force symbolique et devient une technologie politique, une modalité de la gouvernementalité [2] contemporaine.
Tout l’article : http://www.conflits.org/article.php3?id_article=326
[1] Certains discours qui se veulent critiques en présupposant une opinion publique majoritairement xénophobe pour expliquer le succès des discours de sécurisation, exaltent un peuple (virtuel) de bons citoyens débouchant sur un mépris de la population réelle. Or, que la xénophobie joue un rôle, nous le verrons, mais qu’elle explique ce dont elle est en réalité le résultat en est une autre.
[2] Par gouvernementalité, nous entendons en suivant Foucault : l’ensemble des pratiques par lesquelles on peut constituer, définir, organiser, instrumentaliser les stratégies que les individus, dans leur liberté, peuvent avoir les uns à l’égard des autres. Dits et Ecrits, IV p. 728, Paris, Nrf Gallimard, 1994.