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Les pratiques illibérales des régimes libéraux, jeux d’(in)sécurité

mardi 14 novembre 2006, par Bigo Didier, Cultures & Conflits, Tsoukala Anastassia

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Présentation de l’éditeur (4e de couverture)

Au nom de la protection et de la sécurité nationale, nous semblons à la fois être confrontés à un champ transnational des professionnels de la politique et des professionnels de la sécurité (police, renseignement, militaires). Cette évolution contribue peut-être à rassurer certains, mais elle induit aussi des pratiques illibérales dans les régimes libéraux qui se heurtent à la résistance des juges, des militants des droits de l’homme et d’une partie du public.

S’inspirant notamment des recherches en cours dans différents pays européens, cet ouvrage rassemble des articles portant sur la manière dont la lutte contre le terrorisme est « enchâssée » dans la logique même des champs de la politique et de la sécurité. Ce livre intéressera les étudiants et les universitaires en criminologie, en sociologie, en sciences politiques, en études de sécurité, en relations internationales, ainsi que tous ceux qui se sentent concernés par la politique contemporaine et les droits de l’homme.

Résumés

Didier Bigo : « Globalized (in)security : the Field and the Ban-opticon »

Ce premier chapitre remet en question la lecture dominante selon laquelle l’insécurité globale serait la conséquence « naturelle » des attentats ayant, entre autres, frappé les Etats-Unis et l’Europe et dont le corollaire serait une solution unique : la mondialisation des professionnels de l’ (in)sécurité et leur collaboration internationale contre le terrorisme. S’appuyant sur les travaux de Pierre Bourdieu et de Michel Foucault, l’auteur se propose de comprendre quand et comment s’est développé ce discours sur la « mondialisation de la sécurité » au travers des notions de champ des professionnels de la gestion des inquiétudes et de transnationalisation des processus d’(in)sécurisation. Une attention particulière est portée sur la manière dont ces processus sont liés aux développements européens et transatlantiques affectant les appareils policiers, militaires et de renseignement, tous reliés au travers de la structuration d’un champ transversal. Les effets produits par ce dernier sur nos sociétés du risque, du doute et de l’incertitude sont ici inscrits dans la conceptualisation du ban-opticon, ce dispositif qui emprunte autant du panopticon de Foucault que du « ban » analysé par Nancy.

Anastassia Tsoukala : « Defining the terrorist threat in the post-September 11th era »

Ce chapitre sur les discours politiques britanniques sur la menace terroriste (2001-2005) dévoile que la définition de la menace terroriste a été principalement déterminée par différents enjeux politiques internes. En effet, les hommes politiques et les professionnels de la sécurité ont fréquemment utilisé des stratégies de peur pour : a/ améliorer leur position dans les champs domestiques de la politique et de la sécurité ; b/ obtenir des gains électoraux considérables. Ces stratégies reposent sur une redéfinition de la notion de liberté et de la place des droits de l’homme dans les démocraties contemporaines. En effet, les recherches menées par l’auteur montrent que la définition de la menace terroriste dans la période de l’après 11 septembre reposent souvent sur un stratégie de peur conduisant à la redéfinition de ces notions. L’auteur montre également que les luttes bureaucratiques jouent un rôle significatif dans ces dynamiques. En effet, ce chapitre révèle que le Home Office joue un rôle de plus en plus central dans la définition des thèmes relatifs à la menace terroriste.

Laurent Bonelli : « Intelligence, Exception and Suspicion after September 11th 2001 »

Après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington, du 11 mars 2004 à Madrid et du 7 juillet à Londres, les services de renseignement occidentaux ont vu leur rôle et leur poids s’accroître dans la lutte contre l’Islam radical. A partir d’une enquête portant sur les services français, espagnols et britanniques, ce chapitre s’intéresse aux évolutions de leurs missions et de leurs analyses de la menace représentée par la violence politique transnationale. Rompant avec une approche par trop fonctionnaliste, qui verrait dans la transformation de ces missions le simple fruit d’une « adaptation » à de nouvelles menaces, il montre qu’elle résulte à la fois de l’évolution de l’activité des groupes clandestins et de leurs perceptions, des effets de la permanence des grilles d’analyse des services de renseignement qui avaient été forgées sur d’autres terrains ainsi que du travail perpétuel de re-légitimation que ces services mènent auprès de certains secteurs de l’appareil d’Etat. Ce chapitre contribue ainsi à éclairer certains aspects souvent méconnus des modes de régulation de la violence politique dans les démocraties occidentales.

Emmanuel-Pierre Guittet :« Military Activities Inside National Territory : The French Case »

Quels sont les arguments utilisés afin de justifier l’idée que le recours aux Forces armées à l’intérieur du territoire national dans la lutte contre le terrorisme est à la fois politiquement « approprié » et « efficace » ? Il est évident que les questions soulevées par l’engagement militaire contre le terrorisme sont d’une grande acuité depuis les attaques du 11 septembre 2001. En effet, ces attaques ont remis à l’ordre du jour le débat sur la participation des militaires à la sécurité intérieure, un sujet qui avait été forclos dans la plupart des Etats libéraux. Cette contribution entend établir une cartographie des pratiques des Forces armées françaises relatives à leur engagement dans la sécurité intérieure et l’anti-terrorisme. Elle aborde aussi les justifications données au travers de procédures de dérogation à la loi permises par la constitution ou contredisant celle-ci. Ce chapitre essaye aussi d’analyser les articulations entre les professionnels de la politique et les professionnels de la sécurité au travers de l’engagement des militaires en interne.

Christian Olsson : « Military Interventions and the Concept of the Political : Bringing the Political Back into the Interactions between External Forces and Local Societies »

Ce chapitre essaye d’analyser certaines des pratiques militaires relatives aux interventions en Afghanistan et en Irak au travers du concept du politique. L’auteur montre que la dimension non-clausewitzienne de ces guerres a paradoxalement conduit les militaires à s’intéresser aux représentations politiques de l’ennemi potentiel, tout en simultanément dé-politisant la relation à toute forme de résistance militaire. Ce paradoxe est d’autant plus significatif que l’importance des interactions entre les forces d’intervention et les populations « locales » a été renforcé par la transition de « guerres entre Etats » à des « guerres à l’intérieur d’Etats ». Afin d’illustrer cet argument général, ce texte met l’accent sur les processus de politisation et de dé-politisation induits par la confrontation entre forces d’intervention et sociétés « locales ». Ces processus sont rendus plus complexes par la dimension « réseau-centrée » de la guerre comme le montrent ici les exemples des sociétés militaires privées (SMPs) et des acteurs humanitaires.

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Illiberal Practices of Liberal Regimes, the (In)Security Games

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